Je marche d'un pas pressé mais hésitant, la rue est sombre et il fait froid. L'automne est bien avancé et un vent pluvieux s'engouffre sous ma cape, la soulevant légèrement.
Peut-être que je n'aurais pas du venir ? En tout cas c'est ce que j'avais décidé au début, mais même après avoir énuméré toutes les bonnes raisons qui auraient dû me convaincre de rester chez moi et au chaud, je suis quand même là.
J'ai beau avoir 20 ans maintenant, je ne suis pas raisonnable comme je le devrais, mais j'ai des circonstances atténuantes, non ?
Puis d'un coup j'hésite, je m'arrête et je sens davantage la pluie que quelques minutes auparavant, je lève les yeux aux ciel. Pourquoi ? Peut-être à la recherche d'un signe...
Mais tout ce que je vois c'est l'obscurité et les gouttes d'eau qui me brouillent le regard et me font baisser à nouveau la tête, je soupire, tant pis.
Je reprend ma route, après tout je suis arrivée jusque là, alors autant continuer ! Je passe devant le lieu où j'ai rendez-vous, je le dépasse, je n'ai pas envie de rentrer, pas encore.
Je me rends bien compte que mon souffle s'est accéléré et que mon c½ur bat de plus en plus vite, je tente de me calmer. J'aperçois une vitrine, je ne résiste pas à l'envie pressante de me regarder dans un miroir.
Comme je le pensais, je ne ressemble pas à grand-chose, la pluie s'est occupée de mon cas, mes cheveux sont complètement mouillés et aplatis sur mon crâne, je m'observe en me posant la même question depuis des jours, depuis que j'ai reçu ce courrier.
Ais-je beaucoup changée ? Je n'en ai pas l'impression, je suis toujours la même qu'à 17 ans, la dernière fois que je l'ai vu, avant qu'il ne parte loin d'ici, loin de moi... Mais suis-je vraiment bon juge ?
Et lui, aura-t-il beaucoup changé ? J'ai soudain, peur de ne pas le reconnaître, qu'il ne soit plus le garçon joyeux, téméraire et maladroit de mes souvenirs, je souris...
Malgré tout ce que je me suis interdit ces derniers jours, je meurs d'envie de le voir, je crois que j'ai même préparé intérieurement les premières phrases que je lui dirais quand je le verrais, mais en aurais-je le courage ? J'ai beau avoir été à Gryffondor, j'ai le droit d'être morte de peur, non ?
Je me regarde une dernière fois, tentant de lire sur mon visage si je fais le bon choix, mais ce que j'ai en face de moi est le reflet d'une jeune fille perturbée et rongée par le trac. Je vois dans mes yeux, le doute et le regret. Je décide d'y aller maintenant, plus j'attendrais plus il se sera difficile pour moi et pour mon rythme cardiaque.
Le froid me rappelle à son tour que je ne suis pas assez couverte, et après un dernier examen de ma tenue, je détourne le regard et me dirige à nouveau vers le lieu où nous devons nous rencontrer.
Je rie en pensant que c'est notre premier rendez-vous, je m'arrête devant la porte, hésitante, puis d'un geste je balaye mes derniers doutes, je dois juste être sûre, sûre que mes sentiments ont changés ou si au contraire, malgré toutes ces années sans le voir, ils sont toujours aussi forts...
Ca y est je suis à l'intérieur et si je sens mon c½ur battre de plus en plus fort, mon corps est reconnaissant de la douce chaleur qui règne ici. Je me mets sur la pointe des pieds, le cherchant du regard.
Il est là, je le reconnais, il a le visage figé et le regard ailleurs, il malmène un bout de nappe de ses doigts, je souris, même s'il paraissait plus vieux, il avait gardé ses tics nerveux d'adolescent. Je me souvins du nombre de fois où je l'avais vu agir ainsi...
Je m'avance un peu, il remarque alors ma présence, je m'arrête, paralysée par la peur et d'un coup nos regards se croisent.
Je me souviens qu'on est samedi, que je travaille au ministère, au département des mystères depuis deux ans, que j'ai un petit appartement dans Londres, un quartier sorcier tranquille, et que ses yeux là ne m'ont pas jamais quittés en trois longues années d'absence...
Il me sourit, le même sourire qui s'était fait si rare les derniers mois avant qu'il ne s'en aille pour de bon, il me regarde à nouveau et je vois qu'il hésite, je le connais par c½ur et je pourrais donner un sens à n'importe lequel de ses gestes.
Avant j'aurais fait le premier pas, je l'ai toujours fait, mais aujourd'hui c'est différent, je sens qu'il doit le faire, de toute façon je ne m'en sens pas capable, deux Gryffondors, mon ½il !
Soudain il se lève, mon c½ur s'affole et je crois bien que j'ai fait un pas en arrière puisqu'il hésite de nouveau, j'ai peur, peur qu'il s'en aille à nouveau, peur d'être toujours amoureuse de lui, peur qu'il est changé, qu'il ne soit plus celui que je connais...
Oh, je t'en supplie, dis moi que tu n'as pas changé ! Dis-moi que tu devines dans mon regard ce que je ressens, dis moi que je suis la même, dis-moi que je t'ai manqué, dis-moi qu'il y avait une bonne raison pour que tu sois partis si loin sans m'emmener avec toi ! Dis-moi toutes ces choses qui me touchait avant, dis-moi que rien a changé, que tout est comme avant, que nous avons toujours 17 ans et que ces trois années étaient un cauchemar et que nous n'avons pas perdus tout ce temps...
Il me regarde, et sourit à nouveau, je pense qu'il a vu que j'étais effrayée mais en comprends t-il les raisons ?
« - Salut Hermione »
Cette voix, comme elle m'avait manquée, comment ais-je pu vivre si longtemps sans l'entendre ? Il se gratte la tête, ennuyé. Mais je vais pas lui faciliter la tâche non ?
Je suis si en colère qu'il m'est privé de lui pendant 3 ans, 3 ans ! N'étais-je donc rien à ses yeux ? Juste la banale Hermione qui a toujours réponse à tout ? La fille assez débile pour toujours céder à son regard suppliant ?
« - C'est bon de te voir, tu m'as tellement manqué... »
Je sais que c'est ce que je voulais entendre, mais je me suis trompée, cette simple phrase me rappelle combien j'ai souffert de son absence, combien j'ai cru mourir de tristesse à l'idée qu'il m'avait abandonnée, quelque chose s'était cassé en moi ce jour là et pas en 3 ans j'ai songé à trouver un homme pour partager ma vie, a quoi bon ?
Celui que je voulais et que j'avais toujours voulu était parti, j'étais sûre d'avoir perdu ma capacité à aimer, mais je me trompais, encore...
« - Hermione ? »
« - Pourquoi Ron... »
Il soupire.
« - Viens t'asseoir... »
« - Non ! »
« - Hermione... Tout le monde nous regarde... »
« - Et alors ? Je m'en fiche Ron ! »
Je sens que la colère qui m'habite est tellement forte que je sais maintenant que n'aurais pas du venir, le revoir me fais du mal, plus mal encore que de l'imaginer vivant heureux ailleurs qu'auprès de moi.
« - Hermione... S'il te plait...J'ai tellement de choses à te dire... »
Sa phrase m'atteins en plein c½ur, je ne me sens pas bien et j'ai soudain envie de vomir, tout est flou et je ne sais pas si j'ai vraiment envie de l'entendre, je ne pense même plus que j'ai besoin de savoir le pourquoi du comment puisque rien n'effacera ce qu'il m'a fait, rien...
Soudain je ne supporte plus la chaleur de la pièce, je sens que je vais étouffer, je veux partir et effacer de ma mémoire que je suis venue ici, que je l'ai revu et entendu le son de sa voix, j'étais venu pour m'exorciser de lui, pour pouvoir enfin refaire ma vie, mais tout ça était stupide.
Je tourne les talons, je ne peux plus supporter son regard, son air blessé ni les battements trop rapide de mon c½ur, et je sors en entendant encore une dernière fois sa voix. « Sombre crétin » se dit-il à lui-même...
Arrivée dehors je respire à nouveau, la pluie se mêle à mes larmes et je n'ai qu'une envie : courir aussi loin que je peux, tout ce qui pourra mettre de la distance entre lui et moi sera béni.
Quand je sens enfin que mes jambes n'en peuvent plus et que mon souffle se fait court, je m'arrête et je glisse le long d'un mur. Peu m'importe qu'il pleuve, que le vent glacial pénètre par chaque pore de ma peau me gelant les entrailles, je veux pleurer, là, dans cette rue sombre éclairée que d'un réverbère diffusant une lumière pâle.
Lorsque je sens que malgré les larmes la douleur est toujours là, je me relève, la plaie de mon c½ur à nouveau ouverte, mais c'était-elle seulement refermée ? Je ne pense pas finalement...
Je lève les yeux au ciel, et avec un sourire triste, je me rends compte que je viens sûrement de gâcher la chance de ma vie, celle que j'attendais depuis toutes ces années, mais je sais que si c'était à refaire je réagirais de la même façon. C'était trop dur, je ne suis pas aussi forte que je le pensais.
Il faudra bien que j'apprenne à vivre avec ça, l'homme que j'aime et moi venons une fois de plus d'être séparés et cette fois-ci je suis définitivement sûre que c'était comme ça que cela devait se passer, depuis le début, le destin n'avait jamais voulu que nous, nous aimions, il fallait que je me rende à l'évidence, mais je n'aurais pas du y aller ce soir...
Je m'appui contre le mur, j'ai encore besoin de quelques instants, mais alors que la lumière baisse et me plonge dans l'ombre je sursaute.
Sans le voir je sais que c'est lui, j'ai reconnu sa silhouette et j'entends sa respiration saccadée, je n'ai pas envie de croiser son regard mais je ne peux pas m'en empêcher, à croire que j'aime souffrir...
Il est là, planté en face de moi, sous la pluie et dans le froid, il me regarde et ses yeux brillent, je sens que je retiens ma respiration.
« - Je t'aime »
Quoi ?
Le coup part tout seul, par réflexe et avant que je ne m'en rende vraiment compte, je l'ai giflé. C'était notre premier contact physique depuis trois ans... Il po